Abidjan: le masque désormais exigé dans les transports en commun

Cache-nez absolument. A la gare des taxis communaux sise non loin du Zoo d’Abidjan, les chauffeurs exigent un masque à tout usager avant d’embarquer. C’est l’application d’une des mesures additionnelles du Conseil national de sécurité qui annonçait jeudi dernier le port «obligatoire» de masques dans le Grand Abidjan, en vue d’endiguer la propagation du coronavirus.

Les transporteurs disent avoir reçu la visite de la police pour faire appliquer la consigne dans les gares et pour être les premiers à s’équiper d’un masque dans leur activité professionnelle.

«Ils nous ont ordonné de ne plus prendre de passager qui ne dispose pas d’un masque. Moi je ne veux pas avoir de problème», explique un chauffeur qui venait de refuser un voyageur sous nos yeux.

Au ministère des transports, le maitre-mot est encore «la sensibilisation». Le ministre des transports, Amadou Koné, a effectué ce mardi une tournée dans des gares routières d’Abidjan pour rappeler le caractère essentiel de l’adhésion des transporteurs aux gestes barrières contre la pandémie.

Toutefois, la tutelle pour garder la main sur son droit de coercition dans cette bataille hautement prioritaire a pris un arrêté. Le non-respect de cet arrêté «constitue une contravention de deuxième classe et sera punie d'une peine d'emprisonnement de dix jours et d'une amende de 50 000 francs, ou I ‘une de ces deux peines seulement, le conducteur ou pilote qui ne respecte pas les dispositions du présent arrêté», lit-on dans un extrait repris sur la page Facebook.

Les autorités avaient pris l’engagement de veiller à la gratuité et la disponibilité des cache-nez. A ce jour, la traduction en acte de cet engagement se fait attendre.

A au moins 1000 FCFA l’unité dans les pharmacies et points de vente spécialisés, les masques à usage unique restent inaccessibles pour une bonne frange de la classe moyenne. Les abidjanais se procurent des masques réutilisables, souvent vendus à la sauvette sans aucune garantie d’hygiène ni sur la provenance et ni sur la fabrication.

Pour certains usagers, surpris par la position des transporteurs, c’est une nouvelle entrave à la liberté de circuler et se disent pris au piège dans un jeu où seul le gouvernement détient les règles.

«Tu te lèves le matin, on t’oblige à porter un masque, comme si on te donne un budget pour ça», se plaint celui qui embarque avec nous dans le même taxi.

100 millions de masques commandés
Le gouvernement de son côté s’apprête à réceptionner d’ici au 20 avril, 30 millions de masques destinés à la lutte contre le coronavirus. Ces équipements font partie d’une commande globale de 100 millions de masques devenus déterminants pour endiguer la propagation du covid-19 qui a déjà fait 6 morts pour plus de 600 contaminés dans le pays.

«Les premières livraisons de ces différentes commandes, environ 30 millions de masques, devraient se faire le 20 avril», a révélé ce mercredi le porte-parole du gouvernement, Sidi Touré, au terme du Conseil des ministres.

En réalité ces masques seront orientés vers le personnel de santé et d’autres corporations engagées en première ligne contre le covid-19. Les transporteurs ne sont pas exclus, si on s’en tient aux propos du porte-parole du gouvernement.

Interpellé sur la question de la disponibilité desdits équipements, le ministre Sidi Touré, appelle à une prise de conscience

«Il faut continuer d’en faire la pédagogie. On ne peut pas faire l’économie du masque, si on veut se protéger efficacement contre le covid-19 », a-t-il exhorté.